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Importance et rareté de l’eau

L’eau nous est si familière que nous n’en mesurons pas autant qu’il le faudrait l’immense importance et bien plus encore la rareté.

 

Tout d’abord, rappelons que nous sommes en tant qu’êtres individuels de chair et de sang composé d’eau pour 56 % de notre poids. Cela suffit pour indiquer combien nous sommes dépendants de l’eau.

 

Cela est si vrai que nous pouvons plus longtemps survivre à la faim qu’à la soif. La soif nous tue toujours la première.

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Nous sommes poussière et nous redeviendrons poussière, a-t-il été dit. Ne sommes nous pas plutôt venus de l’eau et y retournant, une eau fluide qui s’infiltre et se régénéré dans le sol, une eau insaisissable qui s’évapore et vogue dans l’air en tant que nuage. Une eau immémoriale qui revient inlassablement, une eau éminemment cyclique, tandis que rougeoient sur les rives du Gange à Bénarès les braises des buchers funéraires et que les vivants se purifient dans les eaux boueuses du fleuve.

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L’eau porte toutes nos activités. Sans l’eau pas d’agriculture ! Sans l’eau pas de poissons, avec ou sans omega 3, et donc un manque fâcheux pour l’équilibre de notre alimentation. Sans l’eau pas d’industrie ! Hier pour faire tourner les roues à aubes. Aujourd’hui pour refroidir les machines ou assurer divers mélanges. Sans l’eau, les déplacements et les échanges, maritimes et fluviaux, auraient été moins intenses. Ni Magellan, ni Collomb. Ni super-tankers, ni méga-paquebots.

 

Sans l’eau pas de civilisation. Angkor est morte de l’incapacité des khmers à maitriser l’hydraulique de la cité comme, peut-être, mourront aussi un jour Venise, Bangkok et Londres pour une raison semblable. Toutes cherchent à se protéger par des digues colossales.

 

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Mais l’eau n’est pas que l’un des moteurs de l’Histoire avec un grand H. L’eau c’est aussi des bonheurs simples ainsi qu’un espace d’aventure qui nous exalte. Sans l’eau pas de baignades et encore moins de bronzettes paresseuses, et pas de neige non plus et donc moins de loisirs, moins de tourisme. Sans l’eau pas de compétition de kayaks dans des rapides impressionnants ni de traversées aventureuses des océans et donc moins de rêves de dépassement de soi, fut-ce par procuration avachi dans un divan face à l’écran télé où nous voyons un skipper affronter les 40° rugissants.

 

L’eau c’est la liberté: «homme libre toujours tu chériras la mer» disait Chateaubriand.

 

Qui dit rêve dit aussi spiritualité et mythologies. L’eau c’est la pureté retrouvée. L’eau des sources  dans les quelles se baignent les naïades aux longs cheveux.

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L’eau aussi des sirènes, celle de séductions et des passions. Ulysse qui résiste à leur chant dans les rumeurs de la tempête. L’eau miroir de Narcisse. L’eau enfin du baptême, vieux symbole venant de très loin dans les profondeurs du temps, peut-être même de la mémoire de nos prédécesseurs, animalcules puis animaux marins qui vécurent dans les océans primordiaux puis un jour rampèrent sur le rivage…jusqu’à nous. Naissances. Emergences.

 

Loin de la multitude de ces expressions créatrices et changeantes de l’eau, s’en évadant, voici Jean-Jacques Rousseau dérivant dans sa barque sur la surface tranquille du lac de Bienne. Sa sereine et poétique expérience méditative et existentielle. Celle du fait mental majeur de se sentir exister au point de se suffire à soi-même en flottant dans le détachement de tout désir dans l’oubli des mouvement du monde .

 

 

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«Là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissait quelque faible et courte réflexion sur l’instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux m’offrait l’image: mais bientôt ces impressions légères s’effaçaient dans l’uniformité du mouvement continu qui me berçait, et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait pas de m’attacher au point qu’appelé par l’heure et par le signal convenu je ne pouvais m’arracher de là sans effort».

 

Jean-Jacques Rousseau «Les rêveries d’un promeneur solitaire»

 

L’eau c’est aussi la force, celle des énergies hydrauliques et marémotrices de la fée électricité de Dufy, celle des fleuves qui ont sculpté la terre y creusant des canyons vertigineux et l’ouvrant au tumulte des chutes, celles du Zambéze, celles d’Iguaçu…

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Mais cette force titanesque peut nous échapper et nous détruire. Ce sont les inondations, la tempête, les pluies diluviennes des typhons et de la mousson, la masse d’eau monstrueuse libérée par un barrage qui se brise, la violence des tsunamis venue des secousses de la terre et se propageant sur des milliers de nautiques. La vague suprême de la culture Japonaise dessinée par Hokusaï. Rien n’est plus terrible que l’alliance du feu, de la terre, de l’air et de l’eau. Si le volcan de Yellowstone, plus vaste que l’un de nos départements et que recouvre la forêt où vivent les ours et les loups, si le gigantesque volcan, qui dort d’un sommeil si léger sous la baie de Naples et une bonne partie de la Campanie, devaient se réveiller, la terre serait enveloppée d’un voile noir de nuages de deuil. Qu’adviendrait-il alors de notre espèce ?

 

Que regarde la célèbre figure effarée peinte par Munch ? Elle détourne son regard de la vague que Munch a peinte également tant de fois, la vague scélérate, la vague venue de très loin du tréfonds des abysses et qui emporte tout. La vague faucheuse.

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Voila pour l’importance de l’eau. Insistons maintenant sur sa rareté dont on ne parle également pas assez.

 

Le fait que la planète bleue soit majoritairement couverte par l’eau des mers et des océans ne doit pas nous faire oublier que rapportée à la sphère terrestre l’eau, salée et douce, n’est qu’une toute petite goutte d’eau. Un dessin de l’Institut d’Etudes Géologique des USA l’illustre puissamment :

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Cette petite goutte d’eau est très inégalement repartie. Elle est au cœur du malheur des populations du Sahel comme elle est, à l’inverse par sa surabondance en proximité de mers dont le niveau s’élève, au cœur du malheur des bengalis ou des habitants des iles qui vont demain disparaître sous les flots.

 

Selon l’ONU 2,4 milliards de personnes dans le monde sont privés d’eau potable et boivent une eau de qualité douteuse. C’est le cas notamment de l’Afrique.

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L’eau est l’une des clés géostratégiques de nombre de conflits potentiels, par exemple la place tenue par le Jourdain dans les relations israélo-arabes.

 

L’eau souffre, enfin, des emballements de notre monde occidental et du fait historique majeur que nous avons étendu notre volonté de croissance fondée sur le renouvellement technologique  jusqu’aux sociétés les plus peuplées, celles de la Chine et de l’Inde, Brésil aussi et bientôt de l’Afrique. Ce sont alors les fleuves pollués. C’est le poumon vert amazonien qui est menacé. Ce sont les pentes déboisées, comme en Thaïlande, et les inondations que la végétation ne régule plus.

 

Mais c’est aussi la fonte présumée des glaciers en raison du réchauffement climatique qui pourrait rendre encore plus tragique cette rareté fondamentale de l’eau. Qu’adviendrait-il de l’Asie si des grands fleuves comme le Mékong connaissaient un jour un ralentissement sensible de leur débit ? Qu’adviendrait-il chez nous en Europe, si, pour les mêmes raisons, la fonction de réservoir continental naturel en eau douce des Alpes venait à diminuer.

 

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Le Rhône et le Danube en souffriraient et bien plus encore le Rhin, c’est-à-dire toute l’économie de l’Europe et son formidable débouché de Rotterdam pour les porte-containers l’ouvrant sur l’économie globalisée.

 

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Le SIEVA n’est même pas une toute petite goutte d’eau dans tout ce mouvement cosmique de l’eau que nous venons d’esquisser, car l’eau est partout présente dans l’univers, jusque dans la queue lumineuse des comètes, faite de boue, d’eau glacée et de roches. Dans cet ensemble immense et majestueux le SIEVA est une molécule d’H20 parmi des milliards de milliards d’autres molécules. Il n’en pas moins sa responsabilité à assumer, son rang à tenir et sa mission à remplir. Nous en traiterons régulièrement dans cette rubrique de son site internet qui sera dédiée à l’eau en général et aux manifestations concrètes de celle-ci relevant de l’histoire, de la science et de la culture. Nous y traiterons aussi de la place de l’eau dans notre vie et dans notre histoire locale, celle de nos villages et de notre vignoble Beaujolais. H2O y prend forme dans la Saône, les nappes phréatiques, les puits, les rivières, les ruisseaux, les sources et aussi et surtout, par bonheur, dans les grains du raisin Gamay.

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A la bonne votre ! Santé !

 

Alain de Romefort

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