Histoire

L’histoire au fil de l’eau

Le développement de l’accès à l’eau et celui des civilisations sont intimement liés depuis les origines. Et si on révisait tous notre histoire au fil de l’eau

L’eau dans l’Antiquité : naissance des réseaux d’eau et des égouts

Alimentation, boisson, agriculture, l’eau a de tout temps été indispensable à la survie de l’homme. C’est pourquoi, dès la Préhistoire, nos ancêtres prenaient soin d’installer leur campement à proximité d’une étendue ou d’un cours d’eau. Dès l’Antiquité, les hommes entreprirent de dompter cette source de vie et d’en organiser la distribution.
C’est ainsi qu’en Egypte, de nombreux systèmes sont inventés afin d’acheminer l’eau du Nil vers les lieux de vie de la population. Puits et barrages y font leur première apparition dès 6000 ans avant JC. Durant l’Antiquité Gréco-Romaine, les systèmes de distribution se sophistiquent. Dès 2500 av. J.-C ., les Crétois bâtissent des réseaux constitués de canalisations en terre cuite pour conduire l’eau jusque dans les palais dont certains sont déjà équipés de douches, de latrines (l’ancêtre de nos toilettes) et même de piscines.

Dans l’empire Romain, les aqueducs fleurissent. Ces canaux maçonnés, longs de plusieurs kilomètres, font pénétrer l’eau jusqu’au cœur des villes. Ouverts à tous, les Thermes, ou bains publics, deviennent un lieu de rencontre privilégié pour les citadins. Les premiers égouts, simples rigoles creusées dans les rues, apparaissent au VIe siècle avant Jésus Christ.

L’eau au Moyen Âge : des problématiques liées à l’essor des villes

Au Moyen Âge, les techniques hydrauliques développées par les Romains sont bien maîtrisées. Nombre d’entre elles ont été reprises et améliorées, notamment par les monastères. Mais les populations des villes ne cessent de grossir. Le développement de l’artisanat augmente sensiblement les besoins en eau, ce qui ne va pas sans poser des difficultés d’approvisionnement. Cette multiplication des besoins et des usages se traduit également par une augmentation importante des rejets d’eaux usées dont l’accumulation dans la ville constitue un risque important d’épidémies et de maladies. La gestion de l’eau devient une question de santé publique. Des aménagements sont mis en œuvre afin de faciliter l’accès des populations à l’eau, pour la toilette, l’alimentation et les soins. Il faudra pourtant attendre encore près de quatre siècles avant que ne se généralisent les réseaux d’assainissement et de distribution d’eau.

L’eau du XIXe siècle à aujourd’hui : la démocratisation de l’accès à l’eau

Au XIXe siècle, les progrès de la médecine ont permis de prendre conscience des risques générés par la pollution de l’eau sur la santé. La récupération des eaux usées devient alors une préoccupation majeure. Les grandes villes se dotent d’égouts souterrains. La pratique tarde pourtant à gagner les provinces. En 1907, en France, près de la moitié des villes de plus de 5 000 habitants n’a toujours pas de réseau d’égouts mais la nécessité de collecter les eaux usées ne fait plus de doute. En revanche, les eaux usées, bien que collectées, ne sont pas encore traitées.

Ce n’est que vers 1940 que sera entreprise la construction de la première station d’épuration française, à Achères en région parisienne. En 1964, la loi sur l’eau constitue la première loi en faveur de la préservation des ressources. La gestion de l’assainissement des eaux usées est confiée aux communes qui ont aussi la responsabilité de la distribution de l’eau potable. L’acheminement de l’eau au robinet pour tous prendra du temps. A la fin des années 40, rares sont encore les maisons équipées d’eau courante. C’est au cours de la seconde moitié du XXe siècle que la distribution d’eau potable se développera progressivement, jusqu’à devenir aujourd’hui un critère de base du confort moderne.